The Author Interviewed

in France's "La Nouvelle République"

La Nouvelle République du Centre-Ouest MAINE-ET-LOIRE, samedi 23 octobre 2004, p. 3 SAUMUR - RENCONTRE

Une Américaine dans le siècle d'Aliénor

Le premier roman de Judith Healey connaît le succès aux états-Unis. Aliénor d'Aquitaine est un de ses personnages centraux. L'auteur était à Fontevraud il y a quelques jours.

François TARTARIN

C'est une « histoire américaine », avec ses itinéraires étranges et ses coïncidences. Elle est celle de Judith Healey, auteur aux états-Unis d'un roman prisé, dont l'un des personnages centraux est Aliénor d'Aquitaine. Judith Healey, dont le roman s'est déjà vendu à 14.000 exemplaires, était par la grâce des hasards et des amitiés de passage à l'abbaye royale il y a quelques jours, plaçant ses pas dans les lieux qui furent familiers à Aliénor, « Eleanor of Aquitaine ».

Judith Healey a effectué il y a huit ans une première visite de Fontevraud. A l'époque, sa carte de visite est celle d'une consultante auprès de fondations philanthropiques (elle l'est restée). Elle a écrit un recueil de nouvelles une quinzaine d'années plus tôt. L'histoire est peut-être le seul domaine dans lequel elle n'a pas mené des études poussées. Judith Healey est diplômée d'anglais, de sciences humaines, d'éducation et de rhétorique. Son éditeur précise qu'elle est titulaire d'une « maîtrise en humanités ».

« The Canterbury Papers », son livre (non traduit en français), est paru juste avant Noël 2003. Ses 14.000 exemplaires n'en font pas un concurrent de « Da Vinci Code ». Et pourtant, les points communs ne manquent pas. Un site internet dédié au livre (1) traduit l'engouement des Américains pour « notre » Moyen Age. « Le roman historique est très populaire aux états-Unis, explique Judith Healey. Nous n'avons pas d'histoire. Celle de l'Europe est riche. Nous aimons l'histoire européenne. »

L'auteur a une explication plus grave au succès d'ouvrages comme les « Papiers de Canterbury » : « La raison, c'est aussi l'Irak. Aux états-Unis, beaucoup de gens ont peur. Peut-être le passé est-il plus confortable. Ils s'y réfugient. »

« Je suis une passionnée d'histoire, confie-t-elle, et en même temps tout le contraire d'une conservatrice. » Le Minnesota où elle réside (à Minneapolis, au bord du Mississipi, à trois ou quatre centaines de kilomètres de la région des Grands Lacs), n'est pas le Texas de George W. Bush.

Judith Healey a toujours « bouquiné », avec un fort penchant pour les lectures historiques. Un jour, dans une librairie de Washington, elle parcourt une biographie d'Aliénor. Ses connaissances du XIIe siècle ne dépassent guère « Robin des Bois », qu'elle a lu des années plus tôt. La voici qui découvre « la politique et les drames des familles régnantes d'Angleterre et de France » à la fin du XIIe siècle.

Elle se plonge un peu plus tard, lors d'un séjour en France, dans des chroniques évoquant Adélaide, fille de Louis VII et de sa seconde épouse (la première ayant été Aliénor). Adélaide a eu un enfant. Henry II Plantagenêt, second mari d'Aliénor, en aurait été le père. « S'il y avait un enfant, s'exclame Judith Healey, et bien sûr si c'était un garçon, il changeait tout le sens de l'histoire ! » Ainsi vont naître « The Canterbury Papers ». Judith, qui s'efforce de manier le français, résume plaisamment sa démarche : « Not histoire, not fiction, entre les deux ! »

Elle a réfléchi aux caractères féminins du Moyen Age (« personnages délicats et fragiles » ou « maîtresses femmes, fortes et riches de talents, à l'exemple même d'Aliénor » ?). Elle n'a pas fait des « Canterbury Papers » le seul refuge de passions romanesques : « Mon éditeur ne voulait pas publier d'arbre généalogique. Je me suis battue pour l'obtenir ! »

Quelques jours avant de se rendre à Fontevraud, Judith Healey était à Foix, en Ariège. Elle prépare un deuxième roman autour du personnage d'Adelaide. Il aura pour cadre, en partie, le pays cathare. Et peut-être aussi Fontevraud ?

2004 La Nouvelle République du Centre-Ouest. Tous droits réservés.

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